Étude de cinq sites de reproduction des goélands

Le GIS Éolien en Mer lance en 2021 sa première étude. Celle-ci porte sur le suivi pluriannuel de cinq sites naturels de reproduction des goélands. Elle a pour objectif de montrer l’évolution du nombre de nids et de la production de jeunes, notamment en relation avec l’implantation du futur parc éolien en mer de Dieppe Le Tréport. D’une année à l’autre, le suivi des oiseaux de ces colonies doit permettre de mettre en évidence le maintien sur les sites déjà occupés, un éventuel comportement de dispersion ou d’abandon des sites et d’installation sur de nouveaux sites de reproduction.

Contexte : le goéland argenté en Normandie et sur les falaises cauchoises

Le goéland argenté est l’oiseau marin nicheur le plus commun en Normandie, avec des colonies présentes tout le long des côtes de Seine-Maritime, notamment au niveau des falaises cauchoises (carte ci-dessous).

Cependant, l’évolution des colonies est très disparate, avec une augmentation des effectifs en milieu urbain et un fort déclin des colonies en milieu naturels (carte ci-dessous).

Sur l’échantillon de sites que représentent l’ensemble des réserves du Groupe Ornithologique Normand (GONm), l’effectif nicheur comptait 7.700 couples de goéland argenté en 1998, 4.700 en 2010 et 1.200 seulement en 2019. Cela laisse à penser que la population totale de nicheurs en sites naturels qui comptait près de de 18 000 couples en 1998, ne doit plus en compter maintenant que 3 000 au maximum.

Longues de près de 110 kilomètres, les falaises abruptes du littoral cauchois sont suffisamment inaccessibles pour qu’une petite population y soit toujours restée même au début du XX° siècle alors que l’espèce avait presque complètement disparu de France.

Désormais, presque tous les goélands argentés qui se reproduisent sur le littoral du Pays de Caux construisent leurs nids sur les pelouses et éboulis pentus inaccessibles ou difficilement accessibles des falaises. Une proportion importante nichait il y a encore quelques années sur les cordons de galets qui existaient dans certains secteurs en pied de falaise. La disparition progressive de ces amas de galets a entrainé la disparition presque totale des goélands nicheurs sur ce type de milieu.

Recensement et suivi par le GIS Éolien en Mer

Dans les arrêtés préfectoraux du 28 février 2019 autorisant la construction du parc éolien en mer de Dieppe Le Tréport, il est demandé par le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) que le GIS Éolien en Mer recense et suive l’évolution de plusieurs sites naturels de reproduction des goélands argentés.

Plusieurs colonies du littoral cauchois sont citées dans les arrêtés :

Les trois colonies proposées par le CNPN sont situées à environ 20, 80 et 100 km du futur parc éolien en mer de Dieppe Le Tréport (carte ci-dessous). Le GONm étant déjà en charge du suivi de la plupart de ces sites de reproduction, le GIS Éolien en Mer a chargé cette association de la réalisation de l’étude.

Localisation des sites inclus dans l’étude

Étude bibliographique de l’évolution historique

En premier lieu, une étude bibliographique de l’évolution historique des colonies permettra de déterminer le niveau de saturation de sites en termes d’espaces disponibles, en prenant en compte la limite de l’évolution morphologique des falaises. En effet, si le cordon de galets disparaît et/ou si de gros éboulements ont lieu, le nombre de sites disponibles peut diminuer.

Suivi du recensements et de la production des sites

Pendant minimum 8 ans, les oiseaux, adultes mais surtout les jeunes, vont être recensés et bagués. Ce baguage va permettre de déterminer les liens entre les colonies de milieu naturel et milieu urbain, la production en jeunes et les lieux d’alimentation. Le suivi des oiseaux de ces trois colonies, conjointement avec ceux prévus à Dieppe, au Tréport et à Criel-sur-Mer, doivent permettre de mettre en évidence les éventuels comportements de dispersion, d’abandon de sites et de réinstallation sur de nouveaux sites de reproduction ou de maintien sur les sites déjà occupés et ce, d’une année à l’autre. Ces mouvements entre sites seront mis en relation avec des modifications éventuels d’accès à la nourriture, des dérangements liés aux parcs éoliens et à leur éloignement.

Suivi historique des goélands argentés nicheurs sur les falaises cauchoises

Les goélands nicheurs sur les falaises cauchoises ont vu leurs effectifs largement augmenter entre la fin des années soixante-dix (70) et la fin des années quatre-vingt-dix (90). Cependant, entre les recensements de 1998 et de 2009 les effectifs nicheurs ont quasiment été divisés par deux (2) passant de 12.575 à 7.416 couples. Cette tendance s’est poursuivie et les effectifs ne sont plus que de 2.409 couples en 2021 sur les falaises cauchoises.

Cette très forte diminution du nombre de couples nicheurs peut être liée à plusieurs facteurs :

En 1986, 24% des goélands nichaient sur les cordons en bas de falaise alors qu’ils n’étaient plus que 3,9% en 2021.

La situation du goéland argenté sur les falaises cauchoises (nidification en milieu naturel) est catastrophique et, à l’instar de ce qui se passe ailleurs en Normandie, sur les réserves GONm de Chausey et de Saint-Marcouf au premier chef, la diminution des effectifs est particulièrement spectaculaire.

Les trois secteurs retenus par le CNPN ont subi ce déclin comme les autres et rien ne semble pouvoir contrecarrer cette évolution à long terme.

Seul point positif, la stabilisation récente à un faible niveau démographique mais l’examen des courbes montre que des sursauts se sont déjà produits sans pour autant inverser la tendance de fond.

Merci aux nombreux observateurs bénévoles ou salariés du GONm pour ce long travail collectif de terrain !

Résultats du suivi annuel 2021

En prévision de la campagne de baguage, les 3 colonies ont été prospectées afin de localiser les nids sur lesquels des captures auraient pu être envisagées.

Il a été constaté que malheureusement les trois colonies n’hébergeaient plus de goéland argenté nicheur, les oiseaux ayant abandonné les bancs de galets. Plusieurs raisons expliquent cette désertion : la disparition des bancs de galets (cas de Berneval-Le-Grand), la submersion marine régulière des bancs de galet (cas des 2 caps) ou encore la prédation des œufs. Les oiseaux se sont reportés sur d’autres sites plus sécurisés tels que les abrupts de falaises ou les milieux urbains.

Le projet de baguage n’a donc pas pu être mis en œuvre et ne pourra pas l’être sur ces colonies.

Concernant la production de jeunes, c’est-à-dire le nombre de jeunes à l’envol par nid, les colonies montrent des taux médiocres à moyens (entre 0,31 et 0,79). La poursuite du suivi de production des poussins permettra de voir l’évolution de la qualité du milieu.

Au regard des résultats des suivis de 2021, le Conseil Scientifique du GIS Éolien en Mer a donc décidé de poursuivre le recensement et le suivi de production de jeunes sur les colonies de Bracquemont, Berneval, Belleville, Cap Fagnet et Cap d’Antifer. Cependant le baguage se fera sur la colonie urbaine du Havre afin de suivre une colonie « contrôle » par rapport aux colonies plus proches du futur parc éolien en mer de Dieppe Le Tréport.